31/01/2005

"Pictureless"



Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent.

Ils se croyaient des hommes, n'étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir l'été.

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour,une heure obstinément
Combien de tours de roues, d'arrêts et de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir

Ils s'appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D'autres ne priaient pas mais qu'importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux.

Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux ?
Ils essaient d'oublier, étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers.

On me dit à présent, que ces mots n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'histoire
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter
L'ombre s'est faite humaine aujourd'hui c'est l'été
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez.

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent.


Jean Ferrat

00:18 Écrit par Nosferatu | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

30/01/2005

Aube d'un dimanche



L'ombre a poli sa langue frémissante
Aux accents de l'aurore à peine inachevés
Sous la halo glacé de l'ombre agonisante
Sa main s'est posée sur son cou délavé

Dans les brumes d'un nectar aux saveurs de sel
Entrelacés d'éclats d'un rhum caramel
La tendresse a trouvé dans les effusions de peau
Un refuge enivrant, un nid pour son repos

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29/01/2005

Adrénaline



J'aimerais te faire peur avant de sortir
Te laisser là pantelant, la lèvre frémissante
Tu t'accrocherais à ma manche, suppliant
Et la porte se refermerait malgré tout.
Tu resterais là, collé à la fenêtre, les yeux hagards
Tu écouterais battre ton coeur entre deux craquements de poutre meurtrière
Tu sentirais monter en toi des relans d'enfance, de vieux fantômes endormis
Et puis la porte s'ouvrirait sur mon retour tardif
Et ton soulagement n'aurait d'égal que ton désir

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"Que Reste-t-il de Nos Feratus" Galerie : LX



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"Que Reste-t-il de Nos Feratus" Galerie : LIX



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Provoc



La provocation est une façon de se prouver à soi même que l'on existe en comptant sur les émotions des autres. C'est une vie par procuration.
La pudibonderie est une autre forme de suicide ...

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Vol



La chevelure vol...

La chevelure vol d'une flamme à l'extrême
Occident de désirs pour la tout éployer
Se pose (je dirais mourir un diadème)
Vers le front couronné son ancien foyer

Mais sans or soupirer que cette vive nue
L'ignition du feu toujours intérieur
Originellement la seule continue
Dans le joyau de l'oeil véridique ou rieur

Une nudité de héros tendre diffame
Celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt
Rien qu'à simplifier avec gloire la femme
Accomplit par son chef fulgurante l'exploit

De semer de rubis le doute qu'elle écorche
Ainsi qu'une joyeuse et tutélaire torche


Stéphane Mallarmé

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